Charpente lamellé-collé : le bonheur est dans le bois

La construction bois se développe et, avec elle, les charpentes en lamellé-collé. En phase avec la réglementation environnementale RE2020, cette solution constructive polyvalente offre des qualités qui vont bien au-delà de la seule réduction de l’impact carbone des constructions. Explications avec deux lamellistes, Charpentes FOURNIER et Margueron.

Une stratégie nationale bas carbone (SNBC) favorable, une nouvelle réglementation RE2020 qui encourage le recours au bois et aux matériaux biosourcés, un cadrage réglementaire précis, des maîtres d’œuvre et maîtres d’ouvrage demandeurs, etc. Autant dire que les planètes s’alignent pour la construction bois. La filière réunit de nombreux atouts pour se développer encore et, déjà, elle affiche de beaux résultats malgré la crise sanitaire. La dernière enquête de l’Observatoire de la construction bois portant sur l’année 2020 le confirme : « Le marché des bâtiments non résidentiels (tertiaires, agricoles, industriels et artisanaux) fait la part belle au bois avec une part de marché qui atteint 16,8 % (16,3 % en 2018). Le bois n’est donc plus cantonné à la maison individuelle et gagne du terrain dans tous les segments de la construction », peut-on y lire.

UN PROCESS VERTUEUX

Ce que ne démentent pas Jean-Michel Huez, directeur général de Charpentes FOURNIER et Denis Hodoul, directeur adjoint de Margueron, deux entreprises spécialisées dans les charpentes bois lamellé-collé de SOPREMA Entreprises. « Notre secteur est effectivement en fort développement. Nos clients sont de plus en plus sensibles à la décarbonation de la construction », résume Jean-Michel Huez. Denis Hodoul renchérit : « Nous avons forcément un avantage par rapport aux autres matériaux. Nous utilisons des arbres qui poussent naturellement, sans énergie et qui, en plus, piègent le carbone. » Cette propriété est d’autant plus importante que le process industriel est, lui aussi, peu impactant : « Nous fabriquons un produit manufacturé, mais nous n’avons jamais besoin de chauffer à haute température notre matériau. C’est sans commune mesure avec le béton et l’acier », se félicite-t-il. Des qualités valorisées par la réglementation RE2020, qui impose une baisse progressive des émissions de gaz à effet de serre sur la partie construction. À savoir : 15 % en 2024, 25 % en 2027, puis 30 % à 40 %, selon le type de bâtiments, d’ici à 2030.

SENSIBILITÉ GRANDISSANTE AU BOIS LOCAL

Le cercle vertueux concerne également la provenance de la ressource de plus en plus locale, même si aujourd’hui ce n’est pas la majorité des bois utilisés par les lamellistes : « Nous faisons partie de ceux qui ont recours au bois des Alpes*, explique Denis Hodoul.

Nous collons des bois locaux, originaires d’Auvergne Rhône-Alpes, principalement de l’épicéa et du douglas… Mais ce n’est qu’une petite part de notre production – 350 m3 de bois par an – ce qui représente 4 % du total ». En tout cas, là aussi il y a une demande de la prescription : « Nos clients y sont de plus en plus sensibles, surtout la commande publique. Le problème est que l’industrie de la première transformation française a des difficultés à nous fournir les volumes de bois secs, de bonne qualité mécanique, en grandes longueurs, correspondant aux exigences de nos process », détaille Jean-Michel Huez. Et d’ajouter : « Ce n’est pas parce que le bois utilisé pour fabriquer le lamellé-collé n’est pas français, que le reste de la construction, l’ossature bois par exemple, ne pourra pas l’être. »

MAÎTRISE DE TOUTE LA CHAÎNE

Mais si la charpente bois lamellé-collé se développe, c’est aussi, et peut-être surtout, en raison des qualités intrinsèques du matériau et en raison de la capacité des charpentiers à répondre à tous types de projets : « Il y a une spécificité à nos métiers, nos entreprises sont toutes structurées de la même manière. Nous faisons de la fourniture industrielle, mais les trois quarts de nos charpentes sont taillés et conçus par nos soins. Nous maîtrisons toute la chaîne : fabrication du matériau, conception avec notre bureau d’études et chantier », précise Denis Hodoul. Une stratégie identique du côté de Charpentes FOURNIER : « Nous travaillons sur des projets complexes en tout corps d’état, sauf le gros œuvre, et nous utilisons toutes les synergies de SOPREMA Entreprises. Travailler avec un lamelliste, c’est pour la maîtrise d’œuvre une forme de sécurité et de confort. »

LIBERTÉ ARCHITECTURALE

Les projets sont, en effet, multiples. Historiquement, le marché se concentre sur les gymnases, piscines, supermarchés, usines, ateliers, en raison de la capacité du lamellé-collé à franchir de grandes portées. « Mais c’est aussi, explique Denis Hodoul, un matériau qui autorise une grande liberté sur le plan architectural. Il est possible de le coller, de le cintrer dans les deux directions. Nous pouvons le marier avec du béton, du métal… » D’autant plus qu’il est en capacité de répondre à toutes les contraintes réglementaires : « Nous avons des avantages certains par rapport aux autres matériaux. Par exemple, le bois est, certes, inflammable, mais il est stable au feu, il conserve sa résistance mécanique et ne se déforme pas. Donc, sans être M0 (norme de résistance au feu, M0 signifiant ininflammable), il présente une très bonne résistance », souligne Jean-Michel Huez.

Au-delà de ses propriétés, il est un autre aspect qui compte de plus en plus aux yeux des prescripteurs et usagers et fait la différence : « Le bois est chaleureux ; sa couleur et son aspect font qu’il est agréable de vivre dans un bâtiment avec une belle charpente en bois lamellé-collé », se félicitent les deux charpentiers.

* La certification Bois des Alpes est un outil mis en place en 2011 et accrédité par le Cofrac en 2013.

Longue portée et assemblages complexes pour le pôle sportif de Pierre-Bénite

Le nouveau pôle sportif de Pierre-Bénite (69), conçu par Chabanne, se distingue par sa charpente mixte bois-métal et sa toiture intégrant des sheds pour un apport maximum de lumière naturelle. « Ici, les poutres sous-tendues croisées (3D) présentent une portée de 33,40 m, avec tirants métalliques à chapes de connexion en acier moulé. L’ensemble est posé entre des voiles béton », explique Denis Hodoul. Un projet avec de nombreuses problématiques techniques, notamment des assemblages complexes qui devaient être, en plus, esthétiques ; une conception parasismique de la charpente pour stabiliser le gros-œuvre ; ainsi qu’un montage de la charpente compliqué. Ce qui a demandé des études approfondies, comme l’explique Denis Hodoul : « Il a fallu réaliser des calculs aux éléments finis avec analyse modale spectrale pour déterminer les efforts au plus juste sous sollicitations sismiques. Aux appuis, les assemblages ont été conçus avec un triple système de réglage pour compenser les défauts éventuels du gros œuvre. Enfin, des plans détaillés ont été réalisés pour valider, avec les autres corps d’état, la conception de la charpente avant la réalisation de la maquette 3D, indispensable à la fabrication. »

  • Maître d’ouvrage : Commune de Pierre-Bénite
  • Maître d’œuvre : Chabanne Charpente : Margueron en association avec Vaganay Charpentes
  • Photo : Margueron

 

Anticipation et préfabrication pour une surface commerciale à Anthy-sur-Léman

Certaines enseignes de la grande distribution ont compris l’importance de la qualité architecturale pour se démarquer de la concurrence. C’est le cas du nouveau magasin Lidl d’Anthy-sur-Léman (74), conçu par Lardeau Architecture. Ici, la charpente en lamellé-collé, dotée de poutres à inertie variable de 28 mètres de portée, participe de cette recherche. Un choix qui a aussi permis de répondre à d’autres exigences du maître d’ouvrage : « Le planning était extrêmement serré et le niveau de qualité attendu très élevé », résume Denis Hodoul, directeur adjoint de Margueron qui a conçu, fabriqué et installé ladite charpente. Pour ce faire, le charpentier a anticipé et préfabriqué : « Nous avons conduit une étude minutieuse avec des plans détaillés, afin de faciliter les échanges avec les autres corps de métiers et de ne rien improviser. » Côté préfabrication, les poutres ont été prééquipées en atelier. En finition, la lasure de protection, bicolore, a également été réalisée à l’atelier.

  • Maître d’ouvrage : Lidl
  • Maître d’œuvre : Lardeau architecte
  • Charpente : Margueron
  • Photo : Margueron

Stabilité au feu une heure pour une cuverie

« Le groupe Grand Chais de France (GCF) est un client fidèle, le leader français du négoce en vin, qui nous fait confiance depuis 35 ans », explique Jonathan Guerineau, chargé d’affaires chez Charpentes FOURNIER. Une confiance d’ailleurs renouvelée pour ce projet d’extension de cuverie, à Petersbach. Un impératif, et non des moindres : traiter rapidement et « finir à temps pour les vendanges ». Entre autres particularités de ce programme, citons la stabilité au feu 1h sur toute la charpente : « Ce n’était pas une obligation réglementaire, précise Jonathan Guerineau, mais une demande du maître d’ouvrage. » Ce qui s’est concrétisé par la fabrication et la mise en place d’une charpente remarquable, notamment, par sa taille. Soit quatre portiques composés chacun de deux poteaux moisés de section 410 x 450 mm, de 13 mètres de hauteur et pesant 1,2 tonne ; de poutres jumelées de 25 mètres de longueur, 230 mm d’épaisseur et 1,4 mètres de hauteur pour un poids total de 3,7 tonnes. Le tout étant assemblé à l’aide de 3,5 tonnes de ferrures en acier galvanisé. « Sachant que le levage a été réalisé après la pose des cuves inox, que les accès n’étaient pas des plus faciles, sans parler de la façade courbe du bâtiment. Un beau challenge. »

  • Maître d’ouvrage : Grand Chais de France
  • Maître d’œuvre : Artay Architecte
  • Charpente : Charpentes FOURNIER
  • Photo : Charpentes FOURNIER