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Rénovation des toitures-terrasses sur support béton : isoler avant d’étancher

Rénover une toiture-terrasse sur support béton, c’est l’occasion rêvée de renforcer l’isolation thermique de son bâtiment et, pourquoi pas, d’attribuer à cette cinquième façade de nouvelles fonctions.  Aujourd’hui, tout est en place pour réussir de tels projets : aides financières et solutions techniques adaptées.  À la condition tout de même d’établir le bon diagnostic, duquel découlera la bonne prescription.   

 

« Dans leur grande majorité, les maîtres d’ouvrage profitent des travaux de réfection et de rénovation pour améliorer les performances thermiques de leur parc immobilier. » 

 

Il y a encore peu, la rénovation d’une toitureterrasse sur support béton, quel que soit le type de bâtiment (logements collectifs, ERP, immeubles de bureaux, etc.), se limitait à remplacer la membrane d’étanchéité vieillissante. Aujourd’hui, le contexte a changé. Le besoin de confort, le renforcement des diverses réglementations, la nécessité pour beaucoup de maîtres d’ouvrage de réduire leur facture énergétique font que, s’il existe encore des chantiers de ce type, la rénovation de ces ouvrages est souvent l’occasion d’en améliorer les performances thermiques. Ces travaux sont aussi l’opportunité d’apporter une nouvelle esthétique à cette cinquième façade via une végétalisation, d’y installer une centrale solaire photovoltaïque, voire d’en changer la destination. «  En copropriété, nous avons beaucoup de demandes pour transformer des toitures-terrasses inaccessibles en terrasses accessibles. À Paris, c’est une grosse plus-value pour les copropriétaires ; cela représente presque 10 % des projets que nous traitons » , constate Laurent Curtet, directeur de l’agence parisienne de SOPREMA Entreprises. Mais dans leur grande majorité, les maîtres d’ouvrage profitent surtout de ces travaux de réfection et de rénovation pour améliorer les performances thermiques de leur parc immobilier  :  « C’est une vraie tendance ». 

Il faut dire que sur ce point, ils bénéficient d’aides non négligeables, qui incitent au passage à l’acte. À une condition toutefois : « Pour pouvoir en bénéficier, qu’il s’agisse d’habitations, de bureaux ou de commerces, la loi indique des minimums à respecter » , précise Laurent Curtet. Schématiquement, pour obtenir les aides diverses, des primes Certificats d’Economie d’Energie (CEE) (voir encadré) et un taux de TVA à 5,5 % contre 10 % en rénovation habituellement, il est indispensable que la résistance thermique R de l’isolation installée soit supérieure ou égale à 4,5 m2².K/W. « Cela permet de faire baisser significativement la facture de nos clients, tout en leur apportant un réel gain d’isolation, c’est un enjeu important. » 

 

Rénovation de la toiture du Réservoir Eau de Paris à l’Häy-Les-Roses
Maître d’œuvre/Maître d’ouvrage : Eau de Paris

DIAGNOSTIC RIGOUREUX  

 

Pour autant, prévoir ce type de travaux ne s’improvise pas. Ils sont d’ailleurs encadrés par le DTU 43.5 (NF P84-208) « Réfection des ouvrages d’étanchéité des toitures-terrasses ou inclinées », auquel il convient de se référer systématiquement. Notamment pour la phase diagnostic de la toiture existante. Cet audit rigoureux permet de déterminer, jusque dans les moindres détails, la solution de réfection la plus appropriée, en tenant compte des attentes du maître d’ouvrage et de la future destination de la terrasse. C’est seulement après ce travail exploratoire et ceux préparatoires qu’il sera possible de mettre en œuvre le nouveau revêtement d’étanchéité, avec ou sans un nouveau complexe d’isolation. « En premier lieu, nous nous assurons qu’il n’y a pas d’amiante, puis nous allons sur place pour l’analyse des accès, de l’état de l’existant : les épaisseurs, les hauteurs de relevés, les garde-corps, la nature des acrotères, etc. En fonction des demandes du client (renforcement de l’isolation thermique, végétalisation, installation de panneaux photovoltaïques, etc.), nous pouvons être amenés à réaliser, avec l’aide d’un bureau d’études spécialisé, une analyse un peu plus poussée de la tenue mécanique de la structure. Il s’agit de savoir si l’on peut installer les nouveaux complexes, qui sont généralement bien plus épais, détaille Laurent Curtet. Par exemple, lorsque l’on rend une toiture-terrasse accessible, il faut prendre en compte les nouvelles charges d’exploitation. Une terrasse accessible, c’est 450 kg/m2 , contre 150 kg/m2 lorsqu’elle est inaccessible. » 

Ensuite pour les travaux, le DTU prévoit trois configurations de pose du nouveau complexe : directement sur l’élément porteur mis à nu, directement sur l’isolant thermique rapporté sur l’élément porteur ou sur l’ancienne étanchéité, ou directement sur l’ancien revêtement d’étanchéité conservé car en bon état. Sachant que sur les éléments porteurs en maçonnerie (béton), il ne sera possible de réaliser que deux réfections sur l’étanchéité d’origine. « Mais, constate Laurent Curtet, dans 95 % des cas, nous arrachons tout et repartons de zéro. L’objectif étant de remettre un isolant neuf d’une dizaine de centimètres d’épaisseur, puis l’étanchéité. Cela permet d’atteindre les performances thermiques ouvrant droit aux aides, par exemple les CEE, sans engager de travaux de rehausse des acrotères souvent onéreux. C’est pour cette raison principale que nous avons besoin de retirer le complexe existant. » 

OPTIMISATION POIDS/ÉPAISSEUR/EFFICACITÉ THERMIQUE  

 

Quant au choix des isolants et des systèmes d’étanchéité, les fondamentaux sont les mêmes que lors de la réalisation d’une étanchéité sur une construction neuve. Le système d’isolation utilisé doit répondre à plusieurs caractéristiques en fonction de la destination de la toiture, de l’élément porteur, de la pente, du revêtement d’étanchéité, de la protection, de la nature des travaux (neufs ou rénovation), de la performance thermique, de l’usage du bâtiment, du climat, etc. Ces critères sont définis par les règles de l’art (DTU, normes d’essais, avis techniques, règles professionnelles, cahiers des charges, etc.) et les diverses réglementations. Sachant que la tendance est à l’augmentation des épaisseurs pour répondre aux exigences les plus sévères sur le plan thermique, ce qui n’est pas toujours sans conséquences sur les travaux : « Cela impose de s’intéresser à l’ensemble des points singuliers ».  

Cette problématique – optimisation poids/épaisseur/ efficacité thermique – conduit les maîtres d’ouvrage à recourir le plus souvent à des isolants de type panneaux en mousse polyuréthane : « Nous mettons en œuvre cette solution dans 80 % des cas. Le souhait de nos clients est d’obtenir le fameux R de 4,5 m²2 .K/W pour bénéficier des aides. Ce qui équivaut à 10 cm d’isolant polyuréthane. Avec les autres produits (laine de roche, PSE, etc.), il faut 30 % d’épaisseur en plus, ce qui peut entraîner des travaux plus importants. Par exemple, relever les garde-corps pour être en conformité avec la réglementation sur la chute de hauteur en toiture ou rehausser les acrotères en béton, ou les deux ».  

En dernier lieu, le choix de l’étanchéité est à réaliser en fonction de la destination de la terrasse et de son accessibilité ou non : « C’est relativement standard. Nous adaptons nos complexes, isolant et étanchéité, aux contraintes du client. Mais quelle que soit la configuration, il s’agit dans 95 % des cas d’étanchéité bitumineuse bénéficiant d’un excellent rapport qualité/prix », conclut Laurent Curtet.