La Nouvelle Samaritaine, le métal à l’honneur

Fermée depuis 2005, la célèbre Samaritaine fait l’objet d’une réhabilitation d’envergure exceptionnelle avec la réalisation d’un nouveau Grand Magasin, d’un hôtel de prestige de 72 clés, de 96 logements sociaux, d’une crèche et de bureaux. Au programme : rénovation, restructuration, construction neuve et rencontre des techniques constructives du XIXe et du XXIe siècle pour réinventer une Samaritaine intemporelle et contemporaine. Immersion dans les entrailles du chantier avec SMB et CCS International.

Située dans le 1er arrondissement de Paris, entre la rue de Rivoli et le Quai du Louvre, la rue de la Monnaie et la rue de l’Arbresec, la Nouvelle Samaritaine est un projet d’une mixité inédite, entre création et conservation, conduit par l’agence d’architecture japonaise SANAA, lauréate du Prix Pritzker.

Cher au cœur des Parisiens et de la vie parisienne, ce chantier complexe et hors norme s’inscrit dans un tissu urbain très dense avec une forte circulation. Ce projet exceptionnel intègre des enjeux de planification et de gestion de chantier mais aussi des contraintes d’études et de réalisation liées à l’inscription à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques (Jourdain et Sauvage). Sans oublier des problématiques de confortement provisoire pour la conservation de bâtiments anciens et de la totalité des façades du bâtiment principal, et enfin, la réalisation simultanée de programmes très différenciés pour une livraison complète prévue au printemps 2020.

Le lot charpente métallique représente 3 350 tonnes de charpente, 42 000 m² de plancher, 400 000 heures de travail et un chiffre d’affaires total de 25 millions d’euros.

Pour réaliser les travaux de renforcement des ossatures métalliques (poteau, poutre…) et de création de nouvelles surfaces de plancher, Vinci Construction a fait appel à l’expertise et au savoir-faire des sociétés SMB et CCS International.

« Les bâtiments entièrement à ossature métallique des architectes Frantz Jourdain et Henri Sauvage, respectivement construits en 1905 et 1928, sont totalement réhabilités afin de redonner un statut architectural cohérent à l’environnement et en respectant les référentiels environnementaux. Le lot charpente métallique représente 3 350 tonnes de charpente, 42 000 m² de plancher, 400 000 heures de travail et un chiffre d’affaires total de 25 millions d’euros et énergétiques les plus élevés actuellement ». Afin de mener de front cette restauration patrimoniale d’ampleur, CCS International a piloté le bâtiment Sauvage (90 % de rénovation et 10 % de neuf) et SMB, l’ensemble Jourdain (30 % réhabilitation et 70 % neuf) ainsi que la reconstruction d’un programme de huit étages sur l’îlot Rivoli.

« Nous avons débuté les études et les modélisations sur le logiciel Revit® dédié à la technologie BIM, à partir des relevés 3D de l’entreprise générale. Afin d’être le plus précis possible, – car nous travaillons au millimètre près –, un de nos dessinateurs se rendait sur le chantier une fois par semaine. Nous avions un planning à suivre pour que tout puisse bien s’orchestrer », explique Nihat Ozcan au sein du bureau d’études CCS International. « La Nouvelle Samaritaine est un chantier hors norme, tant par sa durée que par sa complexité, son rapport au tonnage et au nombre d’heures. Sur l’ensemble Jourdain (zone plateau et verrière), nous avons consacré plus de 25 000 heures de dessins et 12 000 heures de calculs. La complexité s’est en partie concentrée au niveau des calculs qui devaient intégrer la phase finale du projet ainsi que les phases provisoires. Nous avions également besoin d’avoir des yeux sur le chantier en permanence », complète Adrien Brigand pour SMB.

Les interventions de SMB et CCS International vont prendre fin en début d’année 2019 avec le remplacement de l’ossature métallique de la marquise périphérique du bâtiment Sauvage. Au total, jusqu’à une centaine de salariés de SMB et CCS International ont été mis à pied d’oeuvre.

 


Trois questions à Fabrice Beasse, conducteur de travaux chez SMB et Guillaume Figuer, conducteur de travaux chez CCS International :

En plein coeur de Paris, le chantier de la Nouvelle Samaritaine a été contraint par un environnement confiné et très circulé. Planning resserré de 36 mois, matériel, logistique de transport et de livraison, base vie… Comment s’est déroulé le projet ?

G.F. et F.B. : Le lot charpente métallique a été confié au groupement SMB/CCS International. Compte tenu du planning, nous avons choisi d’oeuvrer simultanément. Nous avons travaillé de la même façon, en étroite collaboration avec nos bureaux d’études et avec les directives communiquées par Vinci Construction. Le chantier n’étant pas accessible aux semi-remorques, nous avons dû programmer des livraisons par camions courts. Une poutre livrée en 3 ou 4 parties, c’est une semaine de soudure et deux soudeurs mobilisés… Les acheminements et le matériel ont été un autre enjeu majeur à gérer. Il a fallu nous adapter (grues araignées, treuils de levage, etc.), avoir recours à des techniques spécifiques (découpe plasma, système d’alésage, etc.) et à la force des bras.

Quelles ont été les particularités de l’ensemble Jourdain et du bâtiment Sauvage ?

G.F. : Nous avons l’habitude des chantiers de réhabilitation/rénovation qui représentent 80 % de nos réalisations. Toutefois, les travaux de réhabilitation de la structure porteuse du bâtiment Sauvage étaient très lourds, notamment sur les opérations de suppression et de remplacement des poteaux béton dans les sous-sols. Chaque poteau a fait l’objet d’une étude précise car, pendant ce temps, les travaux de superstructure se poursuivaient…
F.B. : Contrairement au bâtiment Sauvage, la structure métallique de l’ensemble Jourdain se destine à être complètement apparente. Au-delà des travaux de stabilisation, de renfort et de reconstruction, les défis ont concerné la verrière où nous devions respecter une particularité architecturale : l’assemblage par rivetage (quelques milliers de rivets). Nous avons également travaillé longtemps pour mettre au point le processus de soudure parfait, permettant de greffer de l’acier neuf sur de l’ancien datant de 1900 et 1910, qui plus est, avec des défauts d’inclusion. Tout devait être refait à l’existant pour conserver le cachet d’antan, c’est beaucoup de minutie.

Sur ce type de chantier très atypique, quelle doit être la qualité principale d’un conducteur de travaux ?

G.F. et F.B. : Au pic d’activité de nos interventions respectives, nous avons eu parfois jusqu’à 50 salariés avec une moyenne de 25/30 hommes pendant près de trois ans par bâtiment, soit plus de 100 monteurs en simultané. L’esprit d’équipe a été très important. L’assiduité a aussi été une des qualités recherchées. Le projet s’est inscrit dans le temps, nous avons fait en sorte de travailler en osmose et dans la bonne humeur. Une équipe qui fonctionne, c’est un chantier qui fonctionne. La Nouvelle Samaritaine a été un très beau challenge à relever !

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