Le secteur du BTP reste l’un des principaux producteurs de déchets en France.
Si la réglementation progresse, son application sur le terrain demeure partielle.
Néanmoins, SOPREMA Entreprises ouvre la voie en s’engageant dans la valorisation des matériaux issus des chantiers de rénovation.
Un virage amorcé depuis plusieurs années, à travers une stratégie industrielle qui intègre l’ensemble des enjeux environnementaux.
C’est un fait : le BTP génère chaque année plusieurs dizaines de millions de tonnes de déchets en France.
La gestion de ces flux, malgré la mise en place de la REP bâtiment – opérationnelle depuis 2023 –, reste encore souvent, malgré tout, problématique.
Certains industriels avancent pourtant concrètement. Ainsi, SOPREMA, qui n’a pas attendu la réglementation pour se lancer dès 2018 avec Sopraloop, propose une solution complète de collecte, de tri et de transformation d’emballage PET.
Elle s’appuie également sur la technologie Xloop, démarrée en 2019, pour le recyclage des déchets des membranes bitumineuses.
Cette démarche est au cœur de la stratégie du Groupe de faire évoluer ses solutions produits et services d’une construction plus responsable.
SOPREMA Entreprises, activité de travaux du Groupe, construit sa politique RSE en phase avec la stratégie industrielle pour intégrer les enjeux liés au traitement des déchets : membranes bitumineuses, isolant…
La difficulté : structurer des filières de recyclage et de réemploi à la fois efficaces et compatibles avec les réalités du terrain.
Néanmoins, en 2024, près de 950 tonnes de déchets bitumineux ont été recyclées par les agences SOPREMA Entreprises via 53 chantiers menés par 14 établissements.
Un volume en nette progression par rapport à l’année précédente qui s’explique, entre autres, par un traitement numérique.
« SOPREMA a mis en place un portail de collecte digital qui permet à chaque agence de déclarer ses déchets, facilitant ainsi leur acheminement vers nos unités de traitement », explique Blandine Valentini, directrice RSE et transition énergétique chez SOPREMA Entreprises.
Concrètement, les membranes déposées selon une procédure spécifique sont triées, broyées, filtrées dans l’unité Xloop de Val-de-Reuil.
Le recyclat ainsi obtenu entre dans la composition de nouvelles membranes (boucle fermée) ou est utilisé dans les enrobés routiers (boucle ouverte).
« Ainsi, on limite le recours à l’enfouissement, dont le coût peut atteindre 250 €/tonne, tout en valorisant une matière réutilisable », se félicite Blandine Valentini.
Et cela ne s’arrête pas aux enrobés.
D’autres filières sont mises en place pour des matières complexes, comme le polystyrène ou la laine minérale.
Des partenariats avec des acteurs spécialisés permettent de traiter certains volumes, sous réserve de déchets peu souillés.
Le cas du polystyrène illustre bien les problématiques qui se posent notamment au plan logistique :
« Sa faible densité impose un compactage avant transport. Nous appliquons un procédé de densification par 40 avant expédition vers une filière de valorisation en Espagne », résume Blandine Valentini, qui ajoute aussitôt :
« Une stratégie possible seulement si l’impact carbone du transport reste favorable. »
Sur le réemploi, SOPREMA Entreprises se mobilise également, notamment à travers la rédaction de cahiers des charges dédiés à certains matériaux (bardages, gravillons, éléments de toiture).
Ce qui permet de faire vivre les filières, mais leur déploiement reste encore limité :
« Aujourd’hui, nous disposons de tous les documents techniques nécessaires. Le frein principal, c’est l’hésitation des clients à utiliser des matériaux déjà posés, même s’ils sont conformes et assurables », observe Blandine Valentini.
Les exemples ne manquent pas.
Des opérations concrètes sont menées, comme le réemploi de bardages de type HPL de chez Trespa ou d’éléments en acier, en lien avec l’entreprise de construction métallique CCS, filiale SOPREMA Entreprises.
Ces démarches s’appuient sur des structures existantes, elles-mêmes émergentes, comme les banques de matériaux ou les plateformes de type Cycle Up.
Si les outils techniques sont là, leur adoption généralisée dépend encore de l’implication de l’ensemble des acteurs.
« Nous ne sommes pas encore au niveau de nos ambitions ni de nos investissements. La filière est prête, elle reste simplement trop peu sollicitée. Il manque des maîtres d’ouvrage mieux sensibilisés et une dynamique collective », souligne la directrice RSE.
Les leviers sont identifiés : lever certains freins réglementaires, notamment autour des garanties et de la traçabilité, et accompagner les entreprises de travaux vers des pratiques plus structurées de tri et de valorisation.
Mais, pour Blandine Valentini, c’est aussi en amont des chantiers qu’il faut agir :
« Le point de départ, c’est le CCTP (Cahier des clauses techniques particulières). Sans exigence de recyclabilité ou de réemploi dans les documents de conception, rien ne changera sur le terrain. »